lundi 29 octobre 2007

Opération marketing au Vatican : mise en vente d'un luxueux ouvrage sur le procès des Templiers


N'ignorant rien des ressorts contemporains du marketing, les Archives secrètes du Vatican ont choisi un décorum à la Dan Brown pour le lancement en avant-première mondiale, jeudi 25 octobre à Rome, d'un livre exceptionnel sur l'affaire des Templiers. Intitulé Processus contra Templarios, le luxueux ouvrage - tiré à 799 exemplaires numérotés et vendu au prix unitaire de 5 900 euros - a été présenté à la presse sous les voûtes de l'ancienne salle du synode, au coeur du palais apostolique.


Cette pièce à l'esthétique austère, située à l'épicentre du pouvoir catholique, était le lieu idéal pour tordre le cou à la dernière-née des légendes sur la responsabilité de l'Eglise dans la disparition de l'ordre du Temple, il y a 700 ans. Dan Brown, dans son Da Vinci Code prétend, en effet, que ces chevaliers du Temple - nés au temps des croisades pour protéger les pèlerins des lieux saints de Jérusalem - auraient été arrêtés, en 1307, sur ordre du pape Clément V, le roi de France Philippe IV le Bel n'ayant joué qu'un rôle subalterne.


Or l'ouvrage publié par les Archives secrètes du Vatican en association avec la maison d'édition Scrinium contient, outre les fac-similés des actes du procès qui s'est tenu à Poitiers, la reproduction inédite d'un document qui prouve le contraire : Clément V a absous les Templiers de l'accusation d'hérésie retenue contre eux par le tribunal français.


Le "parchemin de Chinon" est l'original du procès-verbal des interrogatoires des cinq maîtres de l'ordre - menés au château de Chinon - par trois cardinaux délégués par le pape en 1308. Tous reviennent sur leurs aveux, obtenus par la torture, et font acte de repentance, ce qui ipso facto les réconcilie avec l'Eglise.


"PAS DE SCOOP"
D'ailleurs, celle-ci ne les condamnera pas. Le concile de Vienne de 1311 se contentera de dissoudre cet "ordre des pauvres compagnons du Christ et du Temple de Salomon", fondé à Jérusalem en 1118, reconnu par une bulle pontificale de 1139, mais dont la raison d'être était moins évidente depuis la perte des Etats latins de Terre sainte en 1291.


Ce n'est pas une révélation. La communauté scientifique connaissait l'existence de ce précieux parchemin depuis sa découverte par une chercheuse italienne, Barbara Frale, en 2001. Jusque-là, les historiens avaient sous-estimé la valeur documentaire de ce procès-verbal dont ils ne disposaient que de copies et d'extraits. L'original avait été égaré dans les archives vaticanes en raison d'une erreur de classement au XVIIe siècle.


"Il n'y a pas de scoop, a d'ailleurs reconnu le préfet des Archives secrètes, Mgr Sergio Pagano, mais seulement une édition d'une grande qualité artistique, destinée à un public de connaisseurs, amoureux de documents historiques." Sur les 799 exemplaires, 300 sont encore disponibles. Les autres sont réservés depuis longtemps par des bibliothèques, des collectionneurs particuliers ou par les associations qui s'efforcent de perpétuer la légende des Templiers.


Cette opération de communication a été organisée par l'Eglise alors qu'on s'apprête à célébrer de par le monde le 700e anniversaire du début du procès des Templiers, en 1307. Cette publication est une "simple coïncidence", selon Mgr Pagano. "Il ne s'agit ni de célébrer ni de réhabiliter" l'oeuvre des Templiers, a-t-il tenu à souligner, en rappelant le "travail humble" des Archives du Vatican.


Jean-Jacques Bozonnet
Article paru dans l'édition du 27.10.07.

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